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En séjour officiel en Chine, le Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, a exposé sa vision du développement économique du Togo et de l’Afrique, en mettant l’accent sur la nécessité de transformer les atouts maritimes du continent en véritables leviers de création de richesses. Au cours d’un entretien accordé à des médias chinois, il a défendu une coopération sino-africaine davantage tournée vers l’industrialisation, le transfert de compétences et la maîtrise des technologies.

Au cœur de son intervention, une ambition clairement affichée : faire évoluer le Togo et les autres pays africains d’un rôle essentiellement centré sur le transit des marchandises vers celui d’acteurs économiques, technologiques et institutionnels capables de prendre part aux grandes décisions internationales.

Du transit portuaire à la création de valeur ajoutée

Pour Faure Essozimna Gnassingbé, l’enjeu ne consiste plus seulement à accroître le volume des marchandises qui transitent par les infrastructures portuaires africaines. Il s’agit désormais de tirer davantage de bénéfices économiques de ces échanges en développant des activités productives autour des ports.

Le Président du Conseil a notamment mis en avant la position stratégique du Port autonome de Lomé, présenté comme un atout majeur pour l’intégration du Togo dans les échanges commerciaux internationaux. Toutefois, selon lui, la performance portuaire doit s’accompagner d’une transformation structurelle de l’économie nationale.

« Ce que nous voulons, ce n’est pas d’augmenter le trafic ou bien les marchandises qui passent par notre port, mais de capter plus de valeur, créer une valeur ajoutée », a-t-il expliqué.

Cette orientation implique, selon lui, le développement de zones industrielles, le renforcement des services logistiques, la formation d’une main-d’œuvre qualifiée et une participation accrue des entreprises locales aux chaînes de production.

L’expérience chinoise en matière d’articulation entre infrastructures portuaires, parcs industriels et écosystèmes productifs constitue, à ses yeux, une source d’inspiration pour le Togo et les autres pays africains.

L’objectif est de faire des infrastructures maritimes non plus de simples points de passage des marchandises, mais de véritables moteurs d’industrialisation, d’emploi et de croissance économique.

La sécurité maritime, un impératif économique

Au-delà des perspectives industrielles, Faure Gnassingbé a souligné l’importance stratégique de la sécurité maritime, particulièrement dans le golfe de Guinée.

Le Togo s’inscrit, a-t-il rappelé, dans une dynamique de coopération régionale visant à garantir la liberté de navigation, à prévenir les trafics illicites et à protéger les espaces maritimes.

Pour le dirigeant togolais, la sécurité des mers ne saurait être dissociée de la stabilité économique des États. Les perturbations observées sur les grandes routes maritimes internationales ont des répercussions directes sur les économies africaines, notamment à travers l’augmentation des coûts de transport, les fluctuations des prix de l’énergie et les difficultés d’approvisionnement.

Dans ce contexte, il estime que la Chine, compte tenu de son poids dans le commerce mondial et de ses capacités technologiques, peut contribuer au renforcement des moyens des pays africains pour sécuriser leurs espaces maritimes.

Une coopération plus étroite dans ce domaine permettrait ainsi de mieux protéger les échanges commerciaux tout en consolidant les conditions nécessaires au développement économique du continent.

L’économie bleue, un nouveau champ de coopération entre Lomé et Pékin

Autre axe majeur de l’entretien : l’économie bleue, qui englobe les activités économiques liées aux océans et aux ressources marines.

Pour Faure Gnassingbé, l’Afrique ne pourra pleinement participer à la gouvernance mondiale des océans sans développer ses propres capacités scientifiques et technologiques. La maîtrise des sciences marines, l’accès aux données océanographiques et la formation de spécialistes apparaissent dès lors comme des priorités.

Le Président du Conseil a plaidé pour une coopération avec la Chine permettant de renforcer les institutions de recherche africaines, de faciliter le partage des connaissances et de former davantage d’experts.

Cette approche vise à donner aux pays africains les moyens de mieux connaître, protéger et valoriser leurs ressources marines, tout en participant aux décisions internationales qui concernent leur avenir.

L’ambition dépasse ainsi la seule exploitation économique des espaces maritimes. Elle porte également sur la capacité des États africains à produire des connaissances, à développer des innovations et à défendre leurs intérêts dans les instances internationales.

L’accord BBNJ : une opportunité à concrétiser pour l’Afrique

L’entretien a également porté sur l’accord relatif à la biodiversité marine des zones ne relevant pas de la juridiction nationale, connu sous le sigle anglais BBNJ.

Le Togo ayant signé et ratifié cet accord, selon les déclarations du Président du Conseil, le défi consiste désormais à participer pleinement à sa mise en œuvre et aux mécanismes internationaux qui en découleront.

Évoquant la proposition de la Chine d’accueillir à Xiamen le secrétariat de cet accord, Faure Gnassingbé a salué les atouts de cette ville, notamment ses infrastructures, ses capacités de recherche et son expérience dans les domaines portuaire et maritime.

Il a toutefois insisté sur un enjeu fondamental : la capacité de cette future institution à permettre aux pays en développement de participer effectivement à la gouvernance mondiale des océans.

Pour le dirigeant togolais, la représentation des pays africains dans les institutions internationales ne suffit pas. Ces derniers doivent également disposer des compétences, des moyens scientifiques et des ressources nécessaires pour contribuer à la production des connaissances et aux décisions qui en découlent.

Il a notamment évoqué la nécessité de développer des partenariats entre les institutions de recherche chinoises et africaines, d’améliorer l’accès aux données océaniques et de garantir un partage équitable des avantages issus de l’utilisation des ressources génétiques marines.

Cette question est particulièrement importante pour les États africains qui disposent de moyens limités en matière de recherche océanographique et de technologies marines.

Le FOCAC, un cadre pour approfondir le partenariat sino-africain

Faure Gnassingbé a également mis en avant le Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC), présenté comme un cadre de dialogue permettant à la Chine et aux pays africains de rapprocher leurs intérêts et de définir des priorités communes.

Dans le domaine maritime, cette coopération pourrait notamment favoriser le transfert de compétences, la formation de spécialistes, le développement des infrastructures scientifiques et le renforcement des capacités institutionnelles africaines.

Le Président du Conseil a ainsi appelé à une collaboration qui ne se limite pas aux investissements matériels, mais qui contribue aussi à l’autonomie technologique et scientifique du continent.

Pour lui, la participation effective de l’Afrique à la gouvernance mondiale suppose que les États disposent des moyens nécessaires pour comprendre les enjeux, produire des données fiables et prendre part aux décisions internationales.

Une ambition : faire de l’Afrique un acteur à part entière de l’économie mondiale

À travers cet entretien, Faure Essozimna Gnassingbé a défendu une vision du développement fondée sur la transformation des infrastructures en capacités productives, la sécurisation des espaces maritimes et la maîtrise des technologies.

Pour le Togo, cette orientation place les activités portuaires, l’industrialisation et la formation au centre des perspectives de croissance. À l’échelle africaine, elle pose la question de la capacité du continent à mieux tirer profit de ses ressources et de sa position dans les échanges mondiaux.

Le message adressé aux partenaires chinois est donc celui d’une coopération appelée à aller au-delà des échanges commerciaux pour soutenir la création de valeur, le développement des compétences et le renforcement des capacités scientifiques africaines.

L’enjeu, en définitive, est de faire du Togo et de l’Afrique non plus de simples espaces de transit, mais des acteurs capables de produire, d’innover et de peser sur les grandes orientations économiques, technologiques et institutionnelles du monde.

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