
A travers une résolution adoptée par 164 voix, le Togo, porté par l’Union africaine, entend ouvrir un nouveau débat international sur la manière dont les territoires sont représentés sur les cartes. Une démarche qui dépasse la simple technique cartographique et touche directement à la perception de la place de l’Afrique dans le monde.
Une carte du monde est-elle vraiment neutre ? En apparence, elle ne fait que représenter les continents, les pays et leurs frontières. Pourtant, derrière chaque carte se cachent des choix techniques susceptibles de modifier la perception des dimensions et de l’importance réelle des territoires.
C’est précisément sur cette question que le Togo souhaite désormais faire entendre sa voix sur la scène internationale.
Quand la carte influence notre perception du monde
La représentation des superficies n’est pas sans conséquence. Certaines projections cartographiques peuvent donner l’impression que certains territoires sont beaucoup plus grands — ou plus petits — qu’ils ne le sont réellement.
La célèbre projection de Mercator, largement utilisée dans l’histoire de la cartographie, illustre cette problématique. Conçue notamment pour faciliter la navigation, elle présente des déformations importantes des superficies à mesure que l’on s’éloigne de l’équateur.
L’Afrique, située en grande partie autour de l’équateur, est particulièrement concernée par cette question. Sa superficie réelle peut ainsi être difficile à apprécier lorsque les cartes utilisées privilégient des projections qui amplifient les territoires situés aux hautes latitudes.
L’enjeu n’est toutefois pas de désigner une projection comme « mauvaise ». Chaque projection répond à un objectif précis et comporte ses propres avantages et limites. La véritable question consiste plutôt à utiliser la représentation la plus pertinente selon l’usage recherché.
Pour une éducation plus critique à la cartographie
La résolution adoptée encourage également une approche plus critique de l’enseignement de la cartographie.
L’objectif est de permettre aux élèves, aux étudiants et au grand public de comprendre qu’une carte constitue toujours une interprétation de la réalité géographique. Elle résulte de choix techniques et implique nécessairement certaines déformations.
Cette sensibilisation doit permettre aux utilisateurs de mieux comprendre les cartes qu’ils consultent et d’éviter de considérer une représentation cartographique comme une reproduction absolument fidèle du monde réel.
Le Togo veut faire évoluer les standards
Avec l’adoption de la résolution par 164 voix, le Togo entend désormais favoriser un dialogue plus large entre les États, les organisations internationales, les institutions éducatives et les acteurs technologiques.
L’ambition affichée est de contribuer à l’émergence de standards cartographiques plus équilibrés et de renforcer les capacités des pays en matière de données géospatiales.
Pour Lomé, cette initiative s’inscrit également dans une démarche plus large visant à renforcer la place de l’Afrique dans les débats internationaux.
La cartographie devient ainsi un nouvel espace de réflexion sur la manière dont le continent est perçu et représenté.
« Corriger la carte », pour corriger certaines perceptions
Derrière cette initiative se trouve finalement une idée simple : la manière de représenter le monde peut influencer la manière dont nous le percevons.
Pour le Togo, il ne s’agit ni d’effacer l’histoire de la cartographie ni de condamner systématiquement la projection de Mercator. Il s’agit plutôt de promouvoir des représentations adaptées aux différents usages et de privilégier, lorsque la comparaison des superficies est essentielle, des projections plus fidèles aux dimensions réelles des territoires.
En portant cette question au niveau international, Lomé a réussi à transformer un sujet longtemps considéré comme essentiellement technique en un débat sur la connaissance, l’éducation et la perception du monde.
« Corriger la carte », c’est donc aussi tenter de corriger certaines perceptions.
Et pour l’Afrique, l’enjeu est de faire mieux connaître une réalité géographique souvent mal appréhendée : le continent est beaucoup plus vaste que ne le laissent penser certaines représentations classiques du planisphère.








