
A l’ouverture de la première Conférence de l’Union Africaine consacrée à la dette, le Président togolais Faure Essozimna Gnassingbé a appelé, en présence du président Ghanéen, John Dramani Mahama, à une refondation du traitement de la dette africaine. Dans son intervention articulée autour de cinq remarques essentielles, il a mis en lumière les impasses du système actuel tout en esquissant les contours d’une nouvelle doctrine portée par l’Afrique.
Le président du conseil a d’abord rappelé que la crise de la dette africaine n’est plus un risque à prévenir, mais une réalité subie par plus de vingt pays en détresse financière. Malgré les réformes engagées, l’Afrique dépense plus pour sa dette que pour la santé ou l’éducation. Selon lui, cette situation n’est pas une fatalité, mais le produit d’un système inadapté, fondé sur la méfiance plutôt que sur la confiance.
Il a ensuite dénoncé la rigidité des critères actuels d’évaluation de la dette, jugés trop conservateurs et déconnectés des réalités africaines. Ces méthodologies, a-t-il dit, freinent l’investissement public, étouffent l’innovation et perpétuent une spirale d’austérité. Le chef de l’État appelle à un changement de paradigme, où la dette serait évaluée selon sa rentabilité sociale, climatique et économique.
Le président togolais a souligné l’hypocrisie des partenaires internationaux qui exigent la stabilité sans en financer les conditions. Il a plaidé pour une reconnaissance de la sécurité comme bien public global, et pour un droit à une dette « stratégique » permettant aux pays africains de faire face aux défis sécuritaires, climatiques et sociaux.
Faure Gnassingbé a averti que la sous-finance chronique de l’Afrique est une menace pour la stabilité globale. Il a appelé les partenaires internationaux à sortir d’une logique d’aide humanitaire ponctuelle pour entrer dans une dynamique d’investissement stratégique à long terme. « Ce n’est pas de la charité, c’est de la responsabilité partagée », a-t-il insisté.
Enfin, le président a lancé un appel à l’unité continentale. Selon lui, le véritable défi n’est pas la dette en soi, mais son traitement fragmenté. Il propose la construction d’une stratégie collective africaine, fondée sur des institutions régionales solides, une coordination macroéconomique accrue et une voix commune dans les forums internationaux.
Le Président togolais a conclu en appelant les participants à faire de la conférence de Lomé un moment fondateur. « L’Afrique ne demande pas à être assistée, mais à pouvoir avancer », a-t-il déclaré, en exprimant le souhait que cette conférence marque le début d’un agenda africain pour la souveraineté budgétaire, la transformation économique et la justice internationale.








